Colobocentrotus, épines et adaptation

Pour bien commencer ce billet, voici la réponse à l’énigme posée dans le précédent: il fallait reconnaitre l’Oursin-Tortue, également appelé Bonnet-de-Prêtre: Colobocentrotus (Podophora) atratus.

Colobocentrotus-atratus

Aucun risque de se piquer avec ce petit bijou pourpre, ses épines sont aplaties et forment une armure d’écailles luisantes à la base de laquelle on distingue une petite collerette, ou “jupe”, plus allongée. Avant de plonger au cœur d’une mini polémique scientifique causée par cette apparence particulière, je profite de l’occasion pour vous parler un peu plus des oursins et de leurs épines (qu’on appelle aussi radioles). Si comme moi vous habitez loin des côtes et ne mangez pas de fruits de mer, peut-être imaginiez-vous que les oursins étaient des sortes de “châtaignes animales”, protégés par une bogue épineuse. Peut-être pensiez-vous, au contraire, que les épines poussaient directement sur la peau comme celles du hérisson ou de l’échidné. Que nenni! Les épines d’oursin poussent, c’est vrai, elles repoussent même, si on les casse ou les détache, mais ce sont des éléments squelettiques! Je m’explique. Les oursins (et leurs cousines les étoiles de mer), bien que n’appartenant pas au groupe des vertébrés, possèdent un « squelette » calcaire appelée le test. Celui-ci porte des tubercules de forme arrondie, sur lesquels viennent s’articuler les épines de manière similaire à ce que l’on peut observer chez nous au niveau des hanches (articulation fémur/bassin). Un joint fait de ligaments et de muscles rattache les deux ensemble, et le tout est recouvert d’une fine couche d’épiderme. Les épines sont donc techniquement des structures internes et sont mobiles!

Anatomie-oursins-epines
Selon les espèces, elles peuvent être utilisées pour la défense (contre les prédateurs ou les baigneurs), la capture de nourriture (pincement/écrasement de petits crustacés imprudents) ou encore le déplacement (eh oui, certains oursins “marchent” sur leurs épines ou s’en servent pour se hisser hors des cavités rocheuses). Le nombre d’épines varie beaucoup d’une espèce à l’autre, certaines n’en possèdent que quelques dizaines, d’autres plusieurs centaines. Les tailles et les formes sont elles aussi très diverses, et un même individu en porte souvent plusieurs types. Ci-dessous vous verrez un éventail d’épines un peu stranges que je vous ai dessiné pour l’occasion. N’hésitez pas à rechercher les noms d’espèce sur les sites que je vous ai conseillé (dans la barre latérale), certaines valent vraiment le détour!

epines-diverses
Pour en revenir à Coloboentrotus, plusieurs biologistes/naturalistes ont interprété sa morphologie comme une adaptation à un mode de vie légèrement différent de celui des autres oursins. En effet, tandis que les espèces voisines, d’apparence plus “classique”, se calent tranquillement à l’abris dans des cavités rocheuses, Colobocentrotus s’expose fièrement en surface et subit de plein fouet les fureurs de l’océan. Dans de telles conditions, l’aplatissement de ses épines lui donnerait l’avantage de l’hydrodynamisme, et lui permettrait de ne pas être délogé par les vagues. C’était du moins ce que l’on pensait jusqu’à ce que deux biophysiciens de l’université de Stanford décident de mettre la théorie à l’épreuve en testant plusieurs espèces d’oursins en soufflerie (véridique! J’aimerai bien voir la tête des mecs qui ont reçu ce projet de recherche et la demande de financement qui allait avec). Leur conclusion est qu’à l’instar du fuselage des ailes d’avion, la forme de Colobocentrotus réduit la trainée (force qui s’oppose au mouvement de l’eau), mais induit surtout une forte portance qui tend à le soulever de son rocher. L’avantage supposé n’en est donc finalement pas un du tout. Pour enfoncer le clou, une autre étude, plus récente a montré que Colobocentrotus possède un grand nombre de pieds-ventouses (situés sous l’oursin, autour de sa bouche) comparativement à d’autres espèces. Selon les auteurs, qui ont également réalisé de tests de résistance individuelle des pieds à la tension, ce n’est pas la morphologie générale de l’oursin qui définit sa résistance au décrochage, mais bien la force d’attachement et le nombre de ses petits petons. Quant à savoir si l’aplatissement des épines présente un quelconque avantage et s’il y a eu ou non adaptation, la question reste ouverte.

Références

  • Denny and Gaylord. Why the urchin lost its spines: hydrodynamic forces and survivorship in three echinoids. J exp Biol 7, 17-29, (1996).
  • Santos and Flammang. Estimation of the attachment strength of the shingle sea urchin, Colobocentrotus atratus, and comparison with three sympatric echioids. Mar Biol 154, 37-49, (2008).

Animal Mystère N°5

Animal-mystere-5

Le voici, tout nouveau, tout chaud, l’Animal Mystère N°5! Je rappelle les règles pour ceux qui ne les connaitraient pas: Le but du jeu est d’identifier l’animal ci-dessus (car oui c’est un animal) et de donner le plus rapidement possible son nom (nomenclature binomiale en latin) dans les commentaires. Pour vous aider un peu dans cette tâche, j’ai ajouté dans la barre latérale quelques liens vers des banques de photos dans lesquelles je pioche souvent mes idées. La plupart proposent des moteurs de recherche (en anglais) dans lesquels vous pouvez taper des mots-clés si vous avez une idée du groupe en général, mais pas de l’espèce en particulier. Bonne recherche et à très vite pour la réponse!

Un an et du changement

Chers lecteurs,

       Aujourd’hui le blog fête son premier anniversaire. Il s’est passé pas mal de choses pendant les 12 dernier mois, notamment l’écriture et la soutenance de ma thèse qui m’ont naturellement bien occupé. Cependant, je n’aime pas les excuses et je dois avouer que, même si le blog m’a tout de même bien aidé à reprendre le dessin (ce qui était mon premier objectif), je reste frustré par la faible quantité de billets produits et leur rythme de publication chaotique. Il me reste encore beaucoup de progrès à faire concernant la qualité/spontanéité/fluidité du dessin et plus encore sur la conception et la scénarisation des planches de BD, mais je vais continuer à apprendre doucement et je finirai bien par y arriver. Ça me prendra peut-être 40 berges, mais je pondrai au moins une BD dont je sois fier avant de claquer. En attendant et pour marquer un peu la date, j’ai décidé de procéder à quelques changements sur le blog:

1. Un petit coup de peinture.
Chose la plus visible (du moins pour ceux d’entre vous qui ne suivent pas le blog par un reader ou via leurs mails), le thème a subit un gros ravalement de façade et quelques ajouts pour faciliter la navigation. J’ai notamment permis l’affichage de plusieurs billets par page, ajouté des catégories et des mots-clés (visibles en bas de chaque note et cliquables ou tapables dans la barre de recherche en haut à droite), placé un petit menu déroulant pour choisir les catégories dans la barre de droite et ajouté une page d’archives classées par date dans le nouveau menu en haut sous la bannière. J’espère que tout cela vous facilitera la tâche pour fouiller un peu dans les différentes notes et trouver votre bonheur.

2. Infos et Licence.
Dans le même menu en haut sous la bannière, vous trouverez une nouvelle page intitulée “à propos”. Là j’ai rassemblé quelques informations basiques sur ma petite personne ainsi qu’une explication concernant la licence Creative Commons sous laquelle j’ai placé l’ensemble du contenu du blog. Ayant donné quelques cours à l’université, j’ai été confronté aux questions du droit d’auteur pour l’utilisation d’articles scientifiques, de photos, vidéos, extraits de livre etc… en classe. N’étant pas illustrateur professionnel (i.e, je ne vis pas de mes dessins) je n’ai aucun problème à ce que mes “œuvres” soient utilisées à des fin éducatives et à vrai dire, je suis plutôt flatté quand un enseignant me demande s’il peut montrer un de mes dessins à ses élèves ou qu’un thésard (camarade) me contacte pour en inclure un à son manuscrit. Le blog a toujours été disponible pour ce type d’usages, mais j’ai décidé de rendre les choses plus explicites en le plaçant sous licence CC-BY-SA-NC. Cela signifie que le contenu du blog (textes et dessins) peuvent être republiés, montrés, partagés et modifiés à condition que mon nom ou celui du blog soit cité (BY), et que dans le cas d’une modification, la personne qui a réutilisé mon contenu s’engage à le rendre disponible dans les mêmes conditions (SA). Enfin, l’utilisation est interdite à des fins commerciales (NC). Pour plus de détails, visitez le site Creative Commons ou cliquez sur l’icône de la licence tout en bas de la page.

3. PLUS DE SCIENCE!
Dernier changement important, j’ai décidé de recentrer l’activité sur blog sur la SCIENCE. J’ai publié peu de notes, et beaucoup parlaient de choses trop peu intéressantes et non scientifiques. Afin de me relancer, j’ai donc décidé de recommencer à écrire des articles de vulgarisation, comme à la grande époque où j’étais contributeur SSAFT. Détail important cependant, mes articles seront illustrés à 100% avec mes propres dessins (ce qui me permet de mettre tout e blog sous licence CC). Mais je vois déjà quelques sourcils qui se froncent alors je vous annonce d’emblée que OUI, les animaux mystères seront toujours là. D’ailleurs, vous en aurez un tout nouveau lundi prochain! Pour le reste, je ne vous cache pas que le temps et l’énergie me manquent pour réaliser de nouvelles BD, mais des dessins ça c’est sûr que j’en ferai. Et des beaux, c’est promis!

à Lundi!

Vran