Les dinosaures ont-ils vraiment disparu?

Aujourd’hui je change un peu de style puisque j’ai décidé d’écrire un billet à destination du jeune public (je sais pas, ça m’a pris de parler de dinosaures et je suis logiquement retombé dans l’ambiance de mes 5ans et demi). Il faut donc s’attendre à quelques modifications dans le phrasé, qui ne conviendra pas à tous les âges, mais j’autorise quand même les adultes à venir regarder (je vous ai même laissé quelques messages cachés si vous laissez trainer votre souris sur les images). Bonne lecture.

       Quand j’étais petit, à l’école ou dans les livres, on nous apprenait que les dinosaures ont disparu il y a plusieurs dizaines de millions d’années à cause de fortes éruptions volcaniques ou de la chute d’une météorite géante. On nous expliquait aussi que tout ce qui reste d’eux aujourd’hui, ce sont les fossiles et les squelettes que l’on voit dans les musées. Je ne pensais pas qu’un jour on me dirait le contraire et pourtant, c’est ce que font les scientifiques d’aujourd’hui. Bien sûr, le stégosaure, le triceratops et le diplodocus ont disparu, mais il existe encore de vrais dinosaures à notre époque. Il en existe même beaucoup, dans tous les pays, dans les villes, les forêts, les jardins et parfois même dans les maisons. Ces dinosaures actuels, ce sont les oiseaux!

Du plus petit au plus grand, qu’ils mangent des graines ou de la viande, tous les oiseaux sont des dinosaures. Ils n’ont peut-être plus de dents, ni une longue queue de lézard, mais les oiseaux sont de la même famille que le tyrannosaure et le vélociraptor. On appelle cette famille: les théropodes. C’est en comparant des squelettes d’oiseaux à ceux d’autres théropodes exposés dans les musées que les scientifiques ont observé de nombreux points communs et ont compris qu’il existait un lien de parenté. Par exemple, les pattes arrières des oiseaux et celles des anciens théropodes n’ont que trois doigts, et leurs permettent de se tenir debout. Une autre ressemblance est la présence d’un os en forme de V ou de Y appelé la “fourchette”. Chez les autres animaux vertébrés, cet os est séparé en deux et forme les clavicules (ce sont elles qui rattachent les pattes avant au reste du squelette). Lors d’un repas pendant lequel on mange de la volaille, deux personnes se dispute parfois la “fourchette”, car il existe une superstition disant que cet os peut exaucer les vœux.

Mais ce n’est pas tout, le plus étonnant, ce sont les plumes! Pendant longtemps, tout le monde pensait que les oiseaux étaient les seuls animaux à en avoir. Mais aujourd’hui, grâce à la découverte de nouveaux fossiles, on sait que plusieurs anciens dinosaures (tous des théropodes) avaient déjà des plumes. Et ça vaut aussi pour le tyrannosaure et le vélociraptor! Seulement à l’époque, elles n’étaient pas aussi grandes que celles des oiseaux d’aujourd’hui et ne permettaient pas de voler. Pour le tyrannosaure par exemple, on pense que seuls les jeunes portaient des plumes et qu’elles ressemblaient à un duvet, comme chez les poussins. En revanche, le vélociraptor avait à la fois des petites plumes de duvet sur le cou et le dos, et des plus longues sur la queue et les pattes. Voilà donc encore un indice de la parenté entre les oiseaux actuels et les anciens théropodes.

Mais alors à quoi ressemblait le premier oiseau? Parmi les dinosaures fossiles les plus proches des oiseaux actuels, on trouve deux espèces, Archeopteryx et Epidendrosaurus, qui possédaient des ailes munies de longues plumes et pouvaient sans doute voler. À côté de cela, elles avaient aussi une longue queue, des mâchoires garnies de dents et leurs ailes portaient des griffes! On peut donc imaginer que l’apparence du plus ancien des oiseaux, leur ancêtre à tous, était proche de celle-ci. Au fil des générations, pendant plusieurs millions d’années, les descendants de cet ancêtre ont formé plusieurs espèces qui n’avaient plus de dents mais un bec, dont les griffes des ailes avaient disparu et dont la queue s’était fortement raccourcie. Encore plus tard, lorsque les grandes catastrophes ont provoqué l’extinction de presque tous les dinosaures, certaines de ces espèces ont survécu. De nouveau, génération après génération, pendant plusieurs millions d’années, leurs descendants ont encore formé de nouvelles espèces, toutes avec des tailles, des couleurs, des comportements et des habitats différents. Ce sont les aigles, les canards, les manchots, les moineaux, les colibris et toutes les autres espèces que nous connaissons bien aujourd’hui. Alors que nous les pensions éteints, nous côtoyons donc en réalité quotidiennement des dinosaures, transformés par des millions d’années d’évolution.

Pour continuer sur le même thème:

Teaser Spongieux

       Aujourd’hui, pas de « dessin » au sens strict du terme, mais un petit coup d’œil sur un projet collaboratif qui se bâti discrètement dans les coulisses de StripScience. Depuis quelques temps déjà, nous avons entrepris de faire chauffer les cerveaux des biologistes et les tablettes numériques des illustrateurs en réalisant ensemble un immense arbre phylogénétique en Pixel Art! À terme, celui-ci comptera une centaine d’espèces représentées avec une esthétique rétro du meilleur effet, tout en tenant compte des données scientifiques les plus récentes concernant leurs relations de parenté. Si tout se passe bien, on peut même espérer la présence de quelques éléments interactifs qui permettront une meilleure navigation ou un accès à des infos supplémentaires. C’est un projet de longue haleine et nous n’en sommes qu’aux balbutiements, mais je peux d’ores et déjà vous montrer les premières espèces qui rejoindront le bestiaire (entièrement réalisées à la main). Il s’agit de 5 éponges (Porifera), organismes marins qui ne sont rien de moins que nos parents les plus éloignés dans le monde animal!

phylo-porifera

J’espère que ça vous a plu, je vous tiendrai au courant des avancées du projet, et ne manquerai pas de glisser quelques bestioles pixelisées dans mes billets à venir. À bientôt!

Colobocentrotus, épines et adaptation

Pour bien commencer ce billet, voici la réponse à l’énigme posée dans le précédent: il fallait reconnaitre l’Oursin-Tortue, également appelé Bonnet-de-Prêtre: Colobocentrotus (Podophora) atratus.

Colobocentrotus-atratus

Aucun risque de se piquer avec ce petit bijou pourpre, ses épines sont aplaties et forment une armure d’écailles luisantes à la base de laquelle on distingue une petite collerette, ou “jupe”, plus allongée. Avant de plonger au cœur d’une mini polémique scientifique causée par cette apparence particulière, je profite de l’occasion pour vous parler un peu plus des oursins et de leurs épines (qu’on appelle aussi radioles). Si comme moi vous habitez loin des côtes et ne mangez pas de fruits de mer, peut-être imaginiez-vous que les oursins étaient des sortes de “châtaignes animales”, protégés par une bogue épineuse. Peut-être pensiez-vous, au contraire, que les épines poussaient directement sur la peau comme celles du hérisson ou de l’échidné. Que nenni! Les épines d’oursin poussent, c’est vrai, elles repoussent même, si on les casse ou les détache, mais ce sont des éléments squelettiques! Je m’explique. Les oursins (et leurs cousines les étoiles de mer), bien que n’appartenant pas au groupe des vertébrés, possèdent un « squelette » calcaire appelée le test. Celui-ci porte des tubercules de forme arrondie, sur lesquels viennent s’articuler les épines de manière similaire à ce que l’on peut observer chez nous au niveau des hanches (articulation fémur/bassin). Un joint fait de ligaments et de muscles rattache les deux ensemble, et le tout est recouvert d’une fine couche d’épiderme. Les épines sont donc techniquement des structures internes et sont mobiles!

Anatomie-oursins-epines
Selon les espèces, elles peuvent être utilisées pour la défense (contre les prédateurs ou les baigneurs), la capture de nourriture (pincement/écrasement de petits crustacés imprudents) ou encore le déplacement (eh oui, certains oursins “marchent” sur leurs épines ou s’en servent pour se hisser hors des cavités rocheuses). Le nombre d’épines varie beaucoup d’une espèce à l’autre, certaines n’en possèdent que quelques dizaines, d’autres plusieurs centaines. Les tailles et les formes sont elles aussi très diverses, et un même individu en porte souvent plusieurs types. Ci-dessous vous verrez un éventail d’épines un peu stranges que je vous ai dessiné pour l’occasion. N’hésitez pas à rechercher les noms d’espèce sur les sites que je vous ai conseillé (dans la barre latérale), certaines valent vraiment le détour!

epines-diverses
Pour en revenir à Coloboentrotus, plusieurs biologistes/naturalistes ont interprété sa morphologie comme une adaptation à un mode de vie légèrement différent de celui des autres oursins. En effet, tandis que les espèces voisines, d’apparence plus “classique”, se calent tranquillement à l’abris dans des cavités rocheuses, Colobocentrotus s’expose fièrement en surface et subit de plein fouet les fureurs de l’océan. Dans de telles conditions, l’aplatissement de ses épines lui donnerait l’avantage de l’hydrodynamisme, et lui permettrait de ne pas être délogé par les vagues. C’était du moins ce que l’on pensait jusqu’à ce que deux biophysiciens de l’université de Stanford décident de mettre la théorie à l’épreuve en testant plusieurs espèces d’oursins en soufflerie (véridique! J’aimerai bien voir la tête des mecs qui ont reçu ce projet de recherche et la demande de financement qui allait avec). Leur conclusion est qu’à l’instar du fuselage des ailes d’avion, la forme de Colobocentrotus réduit la trainée (force qui s’oppose au mouvement de l’eau), mais induit surtout une forte portance qui tend à le soulever de son rocher. L’avantage supposé n’en est donc finalement pas un du tout. Pour enfoncer le clou, une autre étude, plus récente a montré que Colobocentrotus possède un grand nombre de pieds-ventouses (situés sous l’oursin, autour de sa bouche) comparativement à d’autres espèces. Selon les auteurs, qui ont également réalisé de tests de résistance individuelle des pieds à la tension, ce n’est pas la morphologie générale de l’oursin qui définit sa résistance au décrochage, mais bien la force d’attachement et le nombre de ses petits petons. Quant à savoir si l’aplatissement des épines présente un quelconque avantage et s’il y a eu ou non adaptation, la question reste ouverte.

Références

  • Denny and Gaylord. Why the urchin lost its spines: hydrodynamic forces and survivorship in three echinoids. J exp Biol 7, 17-29, (1996).
  • Santos and Flammang. Estimation of the attachment strength of the shingle sea urchin, Colobocentrotus atratus, and comparison with three sympatric echioids. Mar Biol 154, 37-49, (2008).